Le film de Peter Weir de 1989, Le Cercle des Poètes Disparus, est une ode à la transgression créative. John Keating (Robin Williams), ancien élève du lycée de la Côte Est où il enseigne désormais la littérature, n'a de cesse que ses jeunes étudiants, purs produits de la société rigoriste WASP des années 50, se révèlent à eux-mêmes pour trouver leur juste place dans l'existence. Cette scène-clé décrit sa prise de contact avec la classe le jour du 1er cours; elle présente plusieurs points d'intérêt dans la "méthode" qu'il propose à ses élèves:
la rupture du cadre : il traverse la classe en sifflotant comme si elle n'était qu'un élément du décor, et non le lieu sanctuarisé du saint-transfert du professeur vers ses disciples
La projection dans l'essentiel: les ayant regroupés dans le couloir émaillé des photos d'anciens élèves, il situe immédiatement leurs existences à tous, aussi jeunes soient-ils, dans la fragilité et la brièveté de l'existence humaine. Cette dramatisation lui permet de les mettre à l'écoute de l'essentiel: "Carpe Diem", "Cueille le Jour", i.e. dépêche-toi d'être ce que tu dois et de vivre ce que tu veux.
L'humour, vecteur d'individualisation: les plaisanteries que Keating fait sur les noms des jeunes gens permet de les faire exister symboliquement comme des individus qu'il apostrophe dans leur singularité
Le collectif, corps sensible: afin qu'ils perçoivent précisément le message primordial de leurs prédécesseurs disparus, le professeur regroupe ses élèves près des photos en une masse compacte avec laquelle il fait lui-même corps, comme dans une mêlée de rugby, pour densifier le groupe et lui faire ressentir l'intensité du souffle de ces fantômes bienveillants.
Et vous, comment vous y prendriez-vous pour créer du lien avec un groupe ?
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